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La Bible et la vie> Adorer en esprit et en vérité (Jean 4,23) |
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[Si vous vous servez de ce texte, merci d'en indiquer la source] Autrement dit, quitter la terre pour s'élever dans les hauteurs de l'esprit, et conformer sa prière à une doctrine prédéfinie ? C'est souvent ainsi que l'on comprend ces quelques mots. J'en suggère une autre lecture.
Esprit, souffle : adorer en n'oubliant pas de respirer, en n'oubliant pas que le souffle qui me traverse, va et vient, me nourrit, ce souffle m'a été donné. Lorsque l'être humain n'était encore qu'une statue d'argile, Dieu insuffla dans ses narines l'haleine de vie (Genèse 2,7) ; il devint alors un être vivant. Respirer nous unit à Dieu et à tous les êtres qui, sur cette terre, respirent le même air que nous. Adorer en esprit, c'est porter consciemment notre attention sur ce souffle qui nous relie à Dieu et aux autres ; c'est nous en réjouir et en rendre grâce. Vérité. Définition donnée par le Petit Robert : "connaissance conforme au réel". Dans le langage courant, lorsqu'on parle de "vérité", on pense à un événement ou à une réalité que l'on peut connaître, dont on peut fournir des preuves. Sur lesquels notre réflexion et notre pensée ont une prise. On pense à une doctrine à laquelle il s'agit d'adhérer. Il vaut la peine de faire un détour par la langue grecque… Le mot "vérité" traduit "aléthéia". En grec, un "a" au début d'un mot équivaut à une négation (tel le "im" de "impossible" en français). "Léthéia" renvoie à un terme qui signifie l'oubli, et qui – dans les vieux contes traditionnels – désigne le fleuve défendant l'accès au séjour des morts : le Léthé. A-léthéia : le contraire de l'oubli. Ce que l'on arrache à l'oubli, à l'indifférence, à l'ignorance, à la mort. Aléthéia, selon les dictionnaires de grec ancien, se traduit d'abord par "véracité, sincérité, rectitude, fiabilité, authenticité". En ce sens-là, une histoire est vraie, non pas d'abord lorsqu'elle raconte un événement au plus près de son déroulement, mais d'abord parce qu'elle exprime, de la réalité humaine, quelque chose d'essentiel et d'authentique. Un conte contient parfois plus de cette vérité, de cette véracité, que la vidéo prise sur le vif d'un fait divers ou d'un drame. Lorsque Jésus dit "Je suis la vérité" (Jean 14,6), il ne dit pas : "je suis une doctrine à laquelle vous devez adhérer" (sous-entendu, pour certains commentateurs : faute de quoi vous irez en enfer). Il dit : "je marche loin du mensonge, loin de l'illusion ; je marche au plus près de ce que je suis, de ce que Dieu m'a donné d'être". Je marche : car dans le même souffle il dit "je suis le chemin, et la vie". Non pas le palais confortable où l'on s'endort sur des certitudes acquises, où l'on est arrivé pour s'arrêter ; mais la route sur laquelle on va, pas après pas ; la quête. Non pas l'immobilisme, mais la mouvance, l'imprévisible, la chatoyance de la vie.
Adorer en esprit et en vérité : dans le souffle et dans la quête, au plus près de ce que je suis, de ce que tu es. Loin des faux-semblants et des illusions rassurantes, du déni et de l'oubli. Dans la rectitude, la verticalité. Dans la présence à l'instant présent, dans l'attention. Telle que je suis maintenant, avec tout ce que je suis maintenant.
Yolande Nicole Boinnard
©Yolande Nicole Boinnard 2008 |
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